29-08-09

Prisons: Commission de la justice

 

 

declerck.286380

Justice: grand corps malade

'le ministre De Clerck a assuré les députés qu’il avait bien une vision globale de la politique à mener pour sécuriser et humaniser les prisons' 

Le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, promet des dispositifs nouveaux pour empêcher les évasions. Mais la politique carcérale pose aussi question.

Voilà un ministre qui, nonobstant le léger hâle qui lui colore le visage, n’a pas dû passer des vacances très reposantes. Mais on le sait : la Justice, tout comme l’Intérieur, est un département à risques. Il suffit que dans une des geôles du royaume, l’un ou l’autre prisonnier éprouve le besoin d’aller respirer à l’air libre, pour que le ministre se retrouve sur le grill. Et cet été, nous avons été gâtés : huit évasions spectaculaires en quelques jours, soit au total 26 depuis le début de l’année, soit autant en sept mois que pour l’ensemble de l’année 2008. Stefaan De Clerck, le garde des Sceaux, était donc attendu de pied ferme, ce vendredi, par les députés membres de la Commission de la justice. D’autant que le dossier des évasions, de la sécurité des prisons et des palais de justice n’était que le petit hors d’œuvre de la journée. L’après-midi, le même Stefaan De Clerck devait donner sa vision de l’affaire "De Tandt" (voir page suivante).

Privés de débat public depuis près d’un mois, les députés s’en sont évidemment donnés à cœur joie. Le jeu de fléchettes était relativement facile, les munitions ne manquaient pas, et la cible aisée (un ministre), même si, dans l’assemblée, personne n’a ouvertement demandé la démission du responsable politique.

Bien sûr, comme l’ont souligné plusieurs intervenants, l’évasion est humaine et donc, quelque part, "logique" dans le chef d’un prisonnier. Mais ce qui indispose, voire irrite les députés, c’est cette gênante impression que la Belgique a revécu, cet été, un scénario connu : des évasions à répétition des prisons belges et des palais de justice malgré les promesses formulées par les ministres de la Justice d’obtenir et de consacrer des moyens nouveaux pour accroître la sécurité de nos prisons, qui ressemblent parfois à des pigeonniers où l’on va et vient, et des palais de Justice où règnent surtout les courants d’air. Mais que fait la police ?

Stefaan De Clerck a énuméré les décisions prises ou attendues à bref délai pour éviter de nouvelles évasions, admettant au passage les erreurs du passé : ainsi, après la première évasion en hélicoptère en 2007, l’administration pénitentiaire avait décidé de couvrir tous les espaces ouverts des prisons de filets de sécurité avant de se rendre compte qu’un tel investissement était tout simplement impayable. Voilà pourquoi des prisons, comme celles de Bruges, ont été à demi-couvertes, poussant les candidats à l’évasion vers les préaux accessibles aux airs. Le ministre a donc annoncé que des investissements sur mesure (filets, pylônes ou autres dispositifs) seraient envisagés pour chacune des prisons à risques. La problématique des GSM, en principe interdits dans les prisons, chipote aussi les députés. Des expériences pilotes ont été menées, à Andenne notamment, avec des systèmes qui brouillent ou empêchent toute communication au départ de téléphones portables dans les prisons. Ce dispositif pourrait être généralisé.

 

Des problèmes de sécurité dans les prisons, la discussion a immanquablement débouché sur une réflexion politique, sociale et psychologique sur la finalité de l’enfermement, et surtout le suivi personnel des détenus.

Le ministre a d’ailleurs confirmé qu’un des axes principaux de son action future concernait l’application des peines. Car la Belgique est confrontée à un double problème. D’une part, il y a la surpopulation carcérale pour laquelle notre pays est régulièrement épinglé par les instances internationales. Aujourd’hui, 10500 prisonniers croupissent dans les prisons belges pour, officiellement 8500 places. Des projets de nouvelles constructions existent (dont quatre devraient bientôt débuter), mais ils se heurtent souvent à l’opposition des autorités locales. Les emplois sont les bienvenus mais personne n’a très envie de voir s’ériger une prison au fond de son jardin.

Cette surpopulation carcérale est évidemment le fruit d’une certaine politique car, selon les statistiques, plus de 50 pc des personnes emprisonnées le seraient à titre préventif. De plus, 1000 personnes qui devraient être internées sont aujourd’hui enfermées.

D’autre part, c’est la conséquence de la surpopulation, il est difficile voire impossible de mener une politique humaine, voire de proposer un suivi individuel des prisonniers dans un environnement où la promiscuité rend les esprits très susceptibles. Or chez certains de nos voisins, en Angleterre notamment (où, ont souligné certains députés, le système est en partie privatisé), chaque prisonnier est pris en main et suit une formation personnalisée. Et c’est précisément dans ce pays (voir le tableau) que les évasions sont, proportionnellement les moins nombreuses.

Pour conclure, le ministre De Clerck a assuré les députés qu’il avait bien une vision globale de la politique à mener pour sécuriser et humaniser les prisons. On l’attend avec impatience.

V.d.W.

La Libre Belgique - Mis en ligne le 29/08/2009

 

Commentaren

La Libre Belgique:
Un palais de justice ou une "box in the box" ?


Le ministre suggère des pistes pour sécuriser le palais de justice de Bruxelles.
Léopold II et Joseph Poelaert, l’architecte que le Souverain belge désigna pour ériger le palais de justice de Bruxelles, avaient imaginé une bâtisse imposante qui puisse impressionner le petit peuple des Marolles. Mais ils l’avaient conçu aussi grand ou presque que le Vatican et doté de 44 portes d’entrée et de sortie. Ils ne se doutaient pas, qu’un siècle plus tard, ce bâtiment, admiré ou décrié, serait un véritable gruyère, un terrain de prédilection pour détenus en mal de cavale. Comment, aujourd’hui, sécuriser ce bâtiment pour qu’il reste non seulement un palais, mais aussi, un palais de justice. Les députés, eux, s’interrogent : qui est responsable de la sécurité à l’intérieur du palais de Bruxelles ? Qui détermine la dangerosité des détenus qui comparaissent ? N’est-il pas possible de rassembler, dans les caves, par exemple, les audiences des juridictions pénales ?

Le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck admet que la base de données sur laquelle la police se base pour classer les détenus, n’est pas toujours à jour Dès lors, les patrouilles seront renforcées : mais il s’agit, reconnaît-il, de militaires âgés, qui ne sont pas armés.

Concernant le bâtiment, un groupe de travail réfléchit depuis quelques mois, à la sécurisation du palais de justice. Stefaan De Clerck a décidé d’accélérer les mesures. Ainsi, dès la rentrée, et même si les magistrats ne semblent gère d’accord, quelque 80 caméras supplémentaires seront installées dans et autour du palais même.

Une autre piste consiste à aménager, à l’intérieur du palais ce que l’on appelle une "box in the box", à savoir un quartier de haute sécurité, où se tiendraient les audiences à risques, certaines chambres du conseil, etc. Stefaan De Clerck a demandé une analyse de ce projet pour la fin de l’année. " Je veux d’abord voir, a-t-il dit, ce qu’il est possible de faire dans le palais avant d’envisager d’autres solutions. "

Lesquelles ? Plutôt de créer une "box in the box" Olivier Maingain (FDF) suggère, lui, que les juridictions pénales puissent avoir lieu dans un autre établissement, à construire ou à rénover, sans doute à un moindre coût que la sécurisation totale ou partielle du palais. De la sorte, le palais resterait un véritable lieu ouvert au public.

V.d.W.

Mis en ligne le 29/08/2009
------------

Evadé et endormi

Lantin. La police de la zone de Bruxelles-Nord a été avisée par un témoin qu’un homme se trouvait dans un état inconscient sur la voie publique, place du Pavillon à Schaerbeek. Arrivés sur place, les policiers ont constaté que l’homme discutait avec les ambulanciers. L’individu a expliqué qu’il s’était assoupi. Lors du contrôle de l’intéressé, la police a remarqué que l’homme, âgé de 32 ans, était signalé à rechercher. Ce dernier a été reconduit par la police à la prison de Lantin
--------------

De Clerck et le Big Bazar
Mis en ligne le 29/08/2009

Michel KONEN
Les hommes politiques, c’est bien connu, aiment la visibilité médiatique. Stefaan De Clerck, le ministre de la Justice, a été servi. Hier, matin comme après-midi, il n’y en a eu que pour lui.

Car rien ne va plus dans le département qu’il dirige : des prisons passoires mais surpeuplées, des palais de justice ouverts à tous vents, des magistrats soupçonnés des pires félonies, on en passe et des meilleures. C’est de tout cela que le ministre devait répondre devant les parlementaires.

Bilan ? Pas terrible !

Les problèmes qu’il rencontre ne sont pas neufs. Ses prédécesseurs n’ont pas laissé une trace indélébile dans la gestion de ce département.

Ce n’est pas qu’ils soient restés sans rien faire. De commissions parlementaires en plans divers, le budget de la Justice n’a cessé d’augmenter au cours de ces dernières années : un peu moins de 500 millions d’euros au cours des cinq dernières années. Ce n’est pas que les moyens mis à la disposition de la Justice soient trop chiches : ils sont même supérieurs à ceux de nos partenaires européens. Ce n’est pas qu’on manque de lois : on en a à revendre, on en fait à tout propos, souvent mal écrites d’ailleurs, et, devant l’abondance de la production de textes, on oublie régulièrement de les mettre en œuvre.

Le mal est connu. Ce n’est pas une exclusivité belge, mais nous sommes plus atteints que les autres : il y a plus à gagner politiquement en présentant de grands plans de réforme qu’à mettre en œuvre discrètement les mesures nécessaires. Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.


29.08.09 | 09h58

commentaire

Amen. Editorial un peu vain. Quelles seraient pour mrKonen les "mesures nécessaires". Il est plus simple de critique que de proposer. Je cherche la formule en latin.

Gepost door: PSD | 29-08-09

La Dernière Heure Seconde session loupée(29/08/2009)


Le ministre de la Justice a dû s'expliquer sur les multiples évasions de cet été

BRUXELLES "J'espère que vous avez tous profité de cet été", a lancé le ministre de la Justice avant de répondre aux nombreuses questions et critiques qui lui étaient adressées sur les multiples évasions survenues lors de ces vacances.

Tout au plus Stefaan De Clerck a-t-il agi comme un étudiant qui prépare son examen de passage du cours auquel il a échoué l'année dernière. De la vieille matière révisée et répétée par cœur par le ministre de la Justice devant la commission spécialement convoquée ce vendredi.

Un oral loin de mériter une gommette verte, mais les députés se sont montrés indulgents, estimant ne pas devoir réclamer sa tête maintenant, lui laissant la chance d'entamer une nouvelle rentrée politique à condition qu'il mette enfin ses fameux plans à exécution.

Et il est bien là le souci : à la problématique de la surpopulation et du manque de sécurité dans les prisons, le ministre n'apporte aucune solution immédiate.

Il se limite à chanter la même chanson : nous travaillons à l'amélioration de ces conditions, la construction de nouvelles prisons est prévue pour 2012. Et d'ici là, nada. "Aucune réponse concrète, rien de neuf, ce n'est pas étonnant, on s'y attendait", souffle un député après la longue intervention de Stefaan De Clerck qui cherchait à se défendre tant bien que mal :

"Chaque ministre de la Justice a été et sera confronté à l'évasion. Aucun n'y échappera", a-t-il ainsi débuté avant de tenter de rassurer en soulignant que dans les pays du Nord, la problématique des évasions est bien plus importante que chez nous.

Il s'est attardé ensuite à l'énumération de projets d'installation de filets dans certaines prisons, des tests en cours pour lutter contre l'utilisation des GSM par les détenus, de systèmes de reconnaissance d'empreintes digitales bientôt installés dans toutes les prisons... et bien sûr sur la construction de sept nouvelles maisons d'arrêt.

Bref, rien de neuf si ce n'est que le ministre fait appel à la bonne volonté de partenaires potentiels (Régions, communes...) pour l'aider à concrétiser rapidement la construction de ces nouveaux établissements. Mais là aussi, c'est du déjà dit...




Nawal Bensalem

© La Dernière Heure 2009

Gepost door: PSD | 29-08-09

De commentaren zijn gesloten.